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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 19:15

Nous en parlions il y a peu, le GEAR est une formalidable initiative. Aussi, n'hésitez pas à suivre avec attention les recommandations de ses auteurs.

Car inutile de tourner autour du pot : les conseils sont clairs et ô combien intéressant...

Un article dans son intégralité. Pour toute question ou pour simplement remercier ses auteurs, rendez-vous sur la page Facebook du GEAR


 

Le Juste Prix 

Ça y est : vous avez bien suivi les recommandations de notre premier article et vous voilà donc propulsé dans l’effrayant milieu professionnel du jeu de rôle. Vous êtes à présent auteur – prêt à louer ou même vendre votre talent à des éditeurs avides de publier vos œuvres. Mais… mais… comment savoir si les sommes proposées sont justes ? Comment savoir si l’on vous paie à votre (immense) valeur ?

Don’t panic ! Nous avons pensé à vous en élaborant ce petit guide vous permettant de vous y retrouver. Attention toutefois : il ne s’agit là que de moyennes et de fourchettes de tarifs pratiqués par la grosse majorité des éditeurs. Il est possible de sortir de ce spectre de prix – dans un sens ou dans l’autre – mais nous y reviendrons.

N.B. : Cet article concerne les auteurs ; pour les illustrateurs nous en feront paraître un spécifique très prochainement.

 

Prix des textes

La pige

Notre premier article explique bien ce qu’est une pige et ce à quoi elle vous engage et engage l’éditeur. Au besoin, relisez-le pour vous rafraîchir la mémoire.

Concernant une pige, vous êtes payés une bonne fois pour toute une somme fixe et celle-ci dépend en général du nombre de signes que comporte votre texte. Pour rappel : un signe est un caractère (lettres, ponctuations, chiffres… et les espaces comptent). Sur Word,l’onglet Outils > Statistiques >Caractères (espaces compris) vous donne le signage exact du texte que vous écrivez.

 

Pour un jeu de rôle, le prix d’une pige varie entre 20 et 50 € les 10.000 signes. C’est une convention : on utilise en général ces 10.000 signes comme base tarifaire.

Parfois cependant, un éditeur pourra vous proposer une somme pour un volume de texte préétablie : ça peut être le cas pour un scénario prenant place dans un recueil notamment. Dans un tel cas, il vous sera proposé X € les Y.000 signes : à vous faire une règle de trois pour voir si ce tarif est correct. Par exemple, si un éditeur vous commande un scénario de 30.000 signes pour 80 € : un rapide calcul permet de voir que l’on est dans la fourchette avec en gros 27 € les 10.000 signes.

 

Pour les magazines de jeu de rôle, la pige est dans la plupart des cas plus élevée. Elle peut alors aller de 50 à 100 € les 10.000 signes.Cependant, à l’heure où nous écrivons cet article, il n’existe plus en France qu’un seul magazine de jeu de rôle payant ses rédacteurs : Casus belli.

 

- Pige jeu de rôle : 20 – 50 € / 10.000 signes

- Pige magazine : 50 – 100 € / 10.000 signes

 

Les droits d’auteur

Là encore, je vous renvoie à notre premier article pour voir précisément de quoi on parle.

Les droits d’auteur vous assurent de toucher un pourcentage du prix auquel est vendu votre ouvrage et ce pour chaque exemplaire vendu. Plus le livre se vend, plus vous touchez donc. Les droits d’auteur ne sont pas directement corrélés au volume de votre texte mais étant donné que celui-ci va influer sur le prix de vente, il y a tout de même un lien. De même, dans le cas d’un jeu écrit à plusieurs, la répartition du pourcentage de droits d’auteur se fait le plus souvent au prorata du volume de texte produit par chacun des auteurs concernés.

 

Le pourcentage de droits d’auteur varie entre 7 et 12% du prix du livre. 

Attention toutefois, il y a une astuce importante à connaître. On distingue le prix éditeur – qui est la somme effectivement récupérée par l’éditeur après vente d’un exemplaire : on doit déduire du prix inscrit sur la couverture la part prise par la boutique et le distributeur – et le prix public – qui lui correspond exactement au prix affiché sur la couverture.

Certains éditeurs vous proposeront un certain pourcentage de droits d’auteur soit sur le prix éditeur,soit sur le prix public. Faites bien le calcul ! Il peut être plus intéressant de toucher 7% du prix public que 10% du prix éditeur… De même, s’il y a plusieurs auteurs ayant écrit le jeu, ce pourcentage doit être divisé entre eux : dans le cas d’un ouvrage écrit par cinq personnes et payé par l’éditeur à 12% du prix public, chaque auteur touchera 2,5% – en considérant qu’ils ont tous écrit une part égale de texte. (sinon, la division peut se faire au prorata de la participation de chacun)

 

- Droits d’auteur : 7 – 12% prix éditeur ou prix public

 

Pour information, voici comment se compose le prix d’un livre de jeu de rôle :

- Part revenant à la boutique : 40 %

- Part revenant au distributeur : 20 %

- Part revenant à l’éditeur : 40 %

Ces pourcentages sont approximatifs et peuvent varier selon l’éditeur et le distributeur, voire simplement d’une gamme à l’autre au sein d’un même éditeur. Le plus simple, si vous êtes payés selon le prix de vente éditeur, c’est de demander le double du pourcentage que vous auriez voulu sur le prix de vente public.

 

Vivre de l’écriture ?

 

Il peut être intéressant de ramener les tarifs énoncés dans cet article à une rémunération mensuelle pour se mettre en situation d’évaluer à combien vous êtes payé en « équivalent salaire ». Si l’on part sur une production moyenne de 15.000 signes par jour, on voit notamment qu’à 20 € les 10.000 signes, on obtient un total de 600 € de revenu mensuel – 900 € si on estime quel’auteur va également travailler tous ses week-ends…

Il faut donc se montrer lucide sur le montant des piges. Même pour un rédacteur chevronné, il est difficile de produire plus de 300.000 signes par mois (et c’est déjà beaucoup !). Cela veut dire qu’à moins de 40 € les 10.000 signes, un auteur travaille pour moins qu’un SMIC mensuel... Il faut négocier 55 € les 10.000 signes pour obtenir l’équivalent du salaire médian français.

Et encore ces calculs font-ils abstraction du temps de relecture et de réécriture. C’est à priori difficile dans le contexte actuel, mais en réalité, une pige « honnête »devrait être rémunérée quelque part entre 75 € et 100 € les 10.000 signes.C’est d’autant plus vrai si un gros travail de conception est demandé (par exemple : créer un nouveau jeu de rôle ex nihilo) ou qu’une importante documentation est nécessaire (pour produire un supplément historique, notamment) – car ce qui est payé, ce sont les signes finalement tapés, pas le temps de travail préparatoire effectué...

Pour les droits d’auteur, le calcul est plus complexe car vous continuerez d’empocher de l’argent tant qu’il y aura du stock. Calculez combien vous toucherez pour chaque exemplaire, et multipliez par le tirage que vous annonce l’éditeur (et/ou le tirage minimum indiqué dans votre contrat) pour obtenir votre gain total. Vous ne pouvez pas parier sur le fait qu’il y aura une réimpression de votre jeu, donc vous pouvez diviser ce gain total par le nombre d’heures travaillées pour avoir une estimation de votre « équivalent salaire ». Cela dit, pour être exact, il faudrait prendre en compte le fait que si des pigistes écrivent des suppléments pour votre jeu ou que l’éditeur publie un produit dérivé, vous empocherez de nouveaux droits d’auteur…

 

Les exceptions

 

Bien entendu, nous parlons ici de généralités, de fourchettes et de moyennes. Si dans les trois quarts des cas vous tomberez dans ces grilles de rémunération, il existe de nombreuses exceptions – dans un sens ou dans l’autre.

 

Le bénévolat

 

Il pourra arriver que vous cédiez vos textes de façon gratuite. Nous parlons ici toujours de publications professionnelles – c'est-à-dire qui sont produites pour être vendues au public.Nous ne sommes pas dans l’optique des projets amateurs destinés à être mis eux-mêmes à disposition gratuitement (le plus souvent sous une forme dématérialisée sur internet). 

Cela se fait dans plusieurs cas.Notamment si tous les intervenants du projet sont bénévoles.

- Un magazine de jeu de rôle qui ne générerait pas assez de ventes pour payer ses rédacteurs : si tous les échelons (du rédacteur en chef au pigiste de base en passant par le maquettiste et les illustrateurs) sont bénévoles, il est parfaitement acceptable de travailler bénévolement pour un tel projet. Pour se faire un nom, afin de supporter le magazine, pour aider le milieu en général… Cependant attention, il faut s’assurer du sérieux du magazine, être certain que personne dans la rédaction n’est payé au détriment des autres intervenants, etc. Si les participants à un magazine changent à chaque numéro du tout au tout, c’est un bon indice : cela signifie que les choses ne se passent pas si bien en interne… À l’inverse, un magazine à la rédaction stable dans le temps et régulièrement rejointe par des noms connus est un gage de sérieux.

- Un magazine de jeu de rôle qui vous commande un scénario d’un jeu dont vous êtes l’auteur : on peut considérer que vous assurez la promotion de votre travail, le magazine ne vous paie alors pas pour le texte mis à disposition – c’est un échange de bons procédés.

- Un ouvrage produit dans un but caritatif : si le livre sert une bonne cause et que les droits d’auteur normalement reversés vont à une association humanitaire, il est parfaitement honorable d’accepter. D’ailleurs dans ce cas, vous ne travaillez pas réellement gratuitement : c’est juste que vous reversez vos droits d’auteur à une tierce personne.

- Etc.

 

Travailler pour moins

 

Il est parfois acceptable de travailler pour des sommes ou pourcentage moindres que ceux évoqués.

- Si vous êtes un jeune auteur débutant dans le milieu : avide d’être publié, vous acceptez de toucher un peu moins. C’est envisageable mais risqué : vous baissez de vous-même votre valeur aux yeux de l’éditeur. Il sera ensuite difficile de demander plus…De plus, vous faites baisser la valeur de vos confrères également ! Si un éditeur peut vous avoir pour une somme si basse, pourquoi irait-il payer plus pour un de vos camarades auteur ? Il y a un risque – si tout le monde faisait ainsi – de faire baisser la moyenne des rémunérations, et cela n’est jamais bon pour le milieu…

- Si l’éditeur est modeste et le projet risqué : afin de minimiser ce risque, l’éditeur peut vous proposer une rémunération moindre. C’est acceptable, à condition que si le projet marche, vous soyez par la suite payé normalement – voire un peu plus en cas de succès avéré. Et pourquoi ne pas instituer par contrat une progressivité des droits d’auteur suivant des paliers de vente ? Par exemple, toucher 7% en-dessous de 500 exemplaires vendus, puis 10% entre 500 et 1.000 ventes, etc.

 

Demander plus !

 

Et pourquoi pas, après tout !

Vous avez une réputation, de l’expérience, vos précédents jeux ont reçu un bon succès critique et public… Il vous est alors permis de demander une meilleure rémunération à l’éditeur – le talent et la notoriété se paient, non ?

De la même façon, si vous avez amené le projet à l’éditeur (par exemple dans le cas d’une licence, d’une adaptation), que vous le dirigez du début à la fin, que vous en assurez la promotion en personne, etc. : il semble alors normal que vous soyez mieux payé car vous assurez d’autres fonctions que celle de simple auteur.

Si vous avez plusieurs années d’expérience et / ou plusieurs jeux de rôle à votre actif, n’hésitez ainsi pas à demander 1,5 fois les tarifs ici conseillés. Notamment, si vous êtes déjà publié en tant qu’auteur, les travaux à la pige sont souvent nettement moins intéressants ; vous pouvez parfois demander le double !

 

Être remboursé de ses frais 

Si vous courrez les salons et conventions afin d’assurer dédicaces et parties de démonstration de votre jeu, alors il semble naturel de demander à l’éditeur de vous rembourser pour les frais occasionnés (trajets, hôtel, nourriture…). Il est possible que l’éditeur ne vous rembourse pas, mais vous fournisse à la place des exemplaires de votre jeu à prix réduit – voire gratuit – pour que vous vous remboursiez en les vendant sur place.

Attention toutefois : tous les éditeurs ne sont pas prêts à accepter. Entendez-vous bien avec le vôtre sur ce sujet pour éviter les mauvaises surprises – et si vous décidez de faire votre promotion ainsi malgré une absence de remboursement, sachez que ce sera uniquement pour la gloire.

 

 

Source : GEAD sur Facebook

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